Estavayer-le-Lac
Origine du nom d'Estavayer-le-Lac
La ville apparaît en 1156 sous la forme « Stavaiel », puis en 1228 sous celle d'« Estavaier ». En allemand, elle s'appelle « Stäffis am See ». Le sens du nom reste obscur.[1]
Fondation d'Estavayer-le-Lac
La ville occupe une hauteur de 430 à 460 mètres au-dessus de la rive sud du lac de Neuchâtel, où des villages lacustres se succèdent dès le Néolithique. Elle prend forme au XIIe siècle autour des sires d'Estavayer, vassaux de l'évêque de Lausanne, et naît sans doute d'une fondation épiscopale. Au XIIIe siècle, la famille se divise en trois branches, chacune avec son château dans la ville. Chef-lieu de district et marché de la région, Estavayer-le-Lac est aujourd'hui dans la commune d'Estavayer (fusion de 2017).[1][2][6]
Histoire d'Estavayer-le-Lac
IVe-IIIe millénaires av. J.-C.. Un village néolithique occupe la rive près du port de la Tuillère. Le site est exploré en 1857 et en partie fouillé à nouveau en 1969.[1]
XIe-IXe siècles av. J.-C.. À la fin de l'âge du Bronze, les villages de Pianta II et des Ténevières s'étendent sur la rive. Des artisans y coulent épingles, anneaux et couteaux, jusqu'à l'abandon des villages palafittiques vers 850 av. J.-C.[1][6]
1156. La localité est citée sous la forme « Stavaiel ». Au XIIe siècle, Renaud, seigneur d'Estavayer, et son fils Conon tiennent une seigneurie indépendante, avec un premier château sur la Motte-Châtel.[1][2][6]
1228. La paroisse d'« Estavaier » apparaît dans le décanat d'Avenches, sous le patronage de l'évêque de Lausanne. Son église est alors un sanctuaire roman.[1][3]
Vers 1240. Guillaume et Renaud II, fils de Conon, se partagent la seigneurie. Le château et le bourg sont mentionnés dès 1230, et les sires, vassaux de l'évêque de Lausanne, prêtent hommage aux comtes de Savoie en 1244.[1][2][6]
1285 (ou 1284). Pierre d'Estavayer et son frère Guillaume font bâtir le château de Chenaux au nord de la ville, sur le plan du carré savoyard. Ses larges fossés lui ont donné son nom. Le château de Savoie s'élève au sud vers 1300.[2][5][6]
1316-1317. Guillaume d'Estavayer, archidiacre de Lincoln, fonde le couvent des dominicaines. Les sœurs arrivent en 1317, et la communauté vit toujours dans la ville.[1][2]
1349-1350. Guillaume IV d'Estavayer vend sa part de seigneurie, avec le château dit de Savoie, à Isabelle de Chalon, dame de Vaud. En 1350, elle donne à la ville des franchises qui mentionnent déjà un Conseil.[1][2][6]
1379-1525. Jean Griset et Perrot Wuillemin commencent le chœur de la collégiale Saint-Laurent. La nef suit à partir de 1437, les voûtes en 1501-1502, et Peter et Jakob Ruffiner achèvent le clocher en 1524-1525.[3][8]
1432-1443. Humbert, bâtard de Savoie, coseigneur depuis 1421, achète Chenaux à Anselme d'Estavayer en 1432 et en fait une forteresse, avec une enceinte et deux tours de brique. Il meurt en 1443 avant d'avoir aménagé l'intérieur et il est enseveli dans le chœur de Saint-Laurent.[1][5][6]
1475. Le 27 octobre, pendant les guerres de Bourgogne, les Confédérés prennent la ville. Claude d'Estavayer est tué et le château de Chenaux incendié. Les gardes de la tour qu'on appelle depuis tour de la Trahison avaient quitté leur poste.[1][4][6]
1488 (ou 1478). Fribourg installe son châtelain au château de Chenaux, qui devient la résidence de ses représentants.[1][5][6]
1536. Après la conquête du Pays de Vaud, la châtellenie devient un bailliage fribourgeois. Le bailli est aussi avoyer et préside le Conseil de la ville.[1]
1632-1635. La famille d'Estavayer s'éteint en 1632, et Fribourg devient seul seigneur de la ville en 1635. Un coutumier propre à Estavayer suit en 1671.[1][6]
1777. La Fabrique-Neuve de Cortaillod ouvre une succursale d'indiennes. Une centaine de pinceleuses y travaillent jusqu'à la fin du siècle.[1][2]
1827-1847. Les jésuites tiennent un collège dans la ville. Leur pensionnat, bâti en 1826-1828, devient l'hospice du district en 1882, puis l'hôpital intercantonal de la Broye.[1][2]
1877. La ligne de chemin de fer Payerne-Yverdon dessert Estavayer, qui reçoit sa gare.[1][2]
1879. La correction des eaux du Jura abaisse le lac de plus de deux mètres. Des centaines de pieux des villages lacustres apparaissent, et le port bâti en 1857 n'est plus utilisable.[2][6]
2012. Font fusionne avec Estavayer-le-Lac le 1er janvier, en vertu d'une loi du 4 novembre 2011.[1][9]
2017. Le 1er janvier, Estavayer-le-Lac forme avec Bussy, Morens, Murist, Rueyres-les-Prés, Vernay et Vuissens la commune d'Estavayer.[1][10]
Population d'Estavayer-le-Lac
Sources et références : [1][10][11]
| 1850 | 1'323 |
| 1900 | 1'636 |
| 1950 | 2'452 |
| 2000 | 4'437 |
| 2010 | 5'554 |
| 2013 | 6'094 |
| 2015 | 6'311 |
Lieux historiques d'Estavayer-le-Lac
Collégiale Saint-Laurent. Église gothique bâtie de 1379 à 1525 à la place d'un sanctuaire roman. Mattelin Vuarser en sculpte les stalles en 1521-1525 et Jean-François Reyff le maître-autel baroque en 1638-1640. Les quatre antiphonaires achetés en 1530 au chapitre Saint-Vincent de Berne y sont conservés, et le sonneur a logé dans la tour jusqu'en 1945.[3][8]
Château de Chenaux. Bâti à partir de 1285 et fortifié par Humbert de Savoie dès 1432, le château appartient à l'État de Fribourg et abrite la préfecture. Le donjon, seule des trois tours d'origine encore debout, se visite en saison.[2][5]
Monastère des dominicaines. Fondé en 1316, le couvent est toujours habité. Sa chapelle funéraire de la Trinité date de 1423-1425, et la porte voisine des Dominicaines, du XIVe siècle, est flanquée d'une grosse tour bâtie de 1443 à 1467.[1][2][4][6]
Remparts et portes. L'enceinte médiévale garde la porte du Camus, bâtie après 1338 et peinte d'armoiries en 1626, la tour de l'Écureuil (1401-1403), la tour de Lombardie (1474) et la tour de la Trahison, reconstruite en 1479. La porte de la Thiolleyres, qui menait au grand port, a été refaite à l'identique en 1956.[4]
Grenette. Ancienne halle aux grains de style néoclassique, construite en 1819-1825 dans la rue de l'Hôtel de Ville. Elle abrite l'administration de la commune d'Estavayer.[2][10]
Musée et ses grenouilles. Inauguré en mai 1927, le musée expose 108 grenouilles naturalisées au milieu du XIXe siècle par François Perrier, ancien sous-officier au Vatican jusqu'en 1848. Elles jouent des scènes de la vie staviacoise, comme un banquet électoral ou une classe d'école.[7]
Vestiges d'Estavayer-le-Lac
Stations lacustres. Les villages littoraux de la Tuillère, de Pianta II et des Ténevières, signalés dès 1856, ont été pillés au XIXe siècle et leur mobilier dispersé dans des musées de Suisse et de l'étranger. Une pirogue monoxyle a été découverte sous le château de Chenaux.[1][6]
Poignard hallstattien. Retiré du lac dans les années 1950, ce poignard en fer de 650-550 av. J.-C. compte 30 éléments rivetés, et son fourreau 25 pièces. Il s'agit sans doute d'une offrande.[1]
La Motte-Châtel. Au cœur de la ville, cette colline fortifiée est habitée au premier âge du Fer. Elle porte au XIIe siècle le premier château des sires d'Estavayer, abandonné puis détruit à la fin du XIIIe siècle.[1][2][6]
Sources
- Dictionnaire historique de la Suisse, « Estavayer-le-Lac » (Denis Ramseyer, Stefan Jäggi, version du 05.05.2017)
- Inventaire fédéral des sites construits d'importance nationale (ISOS), « Estavayer-le-Lac » (n° 1484)
- Inventaire suisse des biens culturels (PBC), « Collégiale St-Laurent », d'après le Guide artistique de la Suisse (SHAS)
- Inventaire suisse des biens culturels (PBC), « Fortifications d'Estavayer-le-Lac », d'après le Guide artistique de la Suisse (SHAS)
- Fribourg Région, « Chenaux Castle »
- Estavayer-le-Lac / Payerne Tourisme, « Estavayer-le-Lac, ville médiévale : circuit historique » (2017)
- Fribourg Région, « Musée d'Estavayer-le-Lac et ses grenouilles »
- Fribourg Région, « Saint-Laurent Collegiate Church »
- État de Fribourg, Recueil systématique (RSF 141.1.2), « Liste chronologique des fusions, divisions et changements de nom des communes »
- Commune d'Estavayer, « Journal d'Estavayer » n° 0
- Conseil d'État du canton de Fribourg, message 2015-DIAF-73 du 25 août 2015 accompagnant le projet de loi relatif à la fusion des communes de Bussy, Estavayer-le-Lac, Morens, Murist, Rueyres-les-Prés, Vernay et Vuissens
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