Armoiries de Moutier

Moutier

Canton de Jura · District : Moutier · 7'053 habitants (31.12.2025)
Vue de Moutier
Photo : Roland Zumbühl (Picswiss), Arlesheim (Commons:Picswiss project), CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons · Armoiries : Domaine public

Origine du nom de Moutier

Le nom vient du monastère autour duquel la localité s'est formée : il est attesté sous les formes latines « datum Monasterii » en 1154 et « apud Monasterium » en 1181. « Moutier » est la forme ancienne du mot « monastère ». Le nom allemand est « Münster ». Les habitants sont appelés les Prévôtois, du nom de la prévôté de Moutier-Grandval.[1][8]

Fondation de Moutier

Vers 640, le duc d'Alsace Gundoin, qui voulait rouvrir la route du col de Pierre-Pertuis déjà utilisée à l'époque romaine, donna à défricher des terres de la haute vallée de la Birse (la future « Grandisvallis ») à Walbert, abbé de Luxeuil. Walbert y fit fonder une abbaye et la confia au moine Germain, originaire de Trèves, qui en devint le premier abbé. Quelques habitats existaient probablement déjà sur place. La localité s'est développée autour du monastère, transformé en chapitre de chanoines entre 1049 et 1150. Un bourg existait au plus tard au XIIe siècle.[1][2][8]

Histoire de Moutier

vers 640. Fondation de l'abbaye de Moutier-Grandval sur des terres données par le duc d'Alsace Gundoin à Walbert, abbé de Luxeuil. Le moine Germain en est le premier abbé. Des vestiges découverts à Moutier en 2008 sont attribués à ce monastère.[1][2][8]

vers 675. Germain, abbé, et Randoald, prévôt du monastère, sont assassinés dans la vallée de Delémont après que Germain eut reproché au duc d'Alsace Eticho ses violences contre la population.[3]

IXe siècle. Sous le comte Liutfrid, l'abbaye connaît un essor culturel dont témoigne la Bible de Moutier-Grandval, aujourd'hui conservée à la British Library à Londres.[2]

999. Le roi Rodolphe III de Bourgogne donne l'abbaye à l'évêque de Bâle. Cette donation est à l'origine de la future principauté épiscopale.[2]

1049-1150. Le monastère se transforme en chapitre de chanoines. Le premier prévôt attesté, Siginand (1120), fonde vers 1140 l'abbaye de Bellelay.[1][2]

1148. Première mention d'un hôpital à Moutier.[1]

1269. Le bourg, constitué au plus tard au XIIe siècle, est incendié.[1]

1486. Lors d'une querelle sur la prévôté, Berne occupe la seigneurie, rendue à l'évêque la même année. Une combourgeoisie se noue ensuite entre Berne et la prévôté.[2]

1531. Avec la Réforme, adoptée par quatre cinquièmes des habitants, la collégiale est fermée. Le chapitre se réfugie en 1534 à Delémont, où il s'installe définitivement en 1571, année où un incendie ruine la collégiale.[1][2]

1793. En janvier, la prévôté s'émancipe sous la protection de Berne, avec l'accord de l'évêque. Une constitution est votée à Moutier, choisi comme chef-lieu.[2]

1797. L'invasion française met fin à la prévôté. Moutier appartient au département du Mont-Terrible, puis du Haut-Rhin, jusqu'en 1813.[1][2]

1815. Rattachement au canton de Berne. Moutier devient chef-lieu du bailliage, puis du district de Moutier (1831-2025). En 1817, Berne acquiert le château pour y installer la préfecture.[1]

1842. Début de l'exploitation de la verrerie fondée par Célestin Châtelain, qui deviendra la plus grande fabrique suisse de verre à vitres.[1]

1876-1877. Liaisons ferroviaires avec Bâle (1876) puis avec Bienne par la vallée de Tavannes (1877).[1]

1883. Nicolas Junker implante l'industrie des tours automatiques, devenue Tornos-Bechler en 1974 et Tornos SA en 2001.[1]

1915. Ouverture du tunnel de Moutier-Granges (8,6 km), qui complète la liaison ferroviaire vers Soleure ouverte en 1908.[1]

1950. Moutier est considérée comme une ville.[1][8]

1974-1975. Plébiscites de la Question jurassienne : en 1974, avance de 70 voix pour les pro-bernois. Les scrutins du 16 mars et du 7 septembre 1975 sont accompagnés de violences.[1]

2017. Le 18 juin, les électeurs de Moutier acceptent le transfert dans le canton du Jura par 2'067 voix contre 1'930 (51,72 %). Le scrutin est invalidé par la préfète du Jura bernois le 2 novembre 2018, annulation confirmée par le Tribunal administratif bernois le 23 août 2019.[1][4][6]

2021. Le 28 mars, nouveau vote : le transfert est accepté par 2'114 voix contre 1'740 (54,9 %).[1][4][6]

2023-2025. Le concordat entre Berne et le Jura est signé à Moutier le 24 novembre 2023, accepté en votation populaire dans les deux cantons le 22 septembre 2024, puis approuvé par le Conseil des Etats (5 mars 2025) et le Conseil national (10 mars 2025).[6]

2026. Le 1er janvier, Moutier entre dans le canton du Jura, qui compte désormais 51 communes, et forme à elle seule le district de Moutier.[1][4][6][13]

Population de Moutier

Sources et références : [1]

Population de Moutier
XVIe siècle342 habitants
1850917
18802'111
19003'088
19104'164
19505'916
19708'794
20007'701
20107'379
20207'228
20257'053

Lieux historiques de Moutier

Collégiale Saint-Germain. La collégiale des saints Germain et Randoald, édifiée au XIIe siècle, fut fermée à la Réforme en 1531 et ruinée par un incendie en 1571. Reconstruite en 1860-1863 et restaurée en 1957-1961, elle sert d'église réformée de langue française. Elle est ornée de vitraux de Coghuf et d'Yves Voirol.[1]

Chapelle de Chalière. Petite chapelle romane, sans doute du XIe siècle, sur un ancien site carolingien : une salle terminée par une abside, un clocheton et huit hautes fenêtres en plein cintre. Une rénovation en 1934-1936 a mis au jour des peintures murales : le Christ en gloire dans l'abside, les douze apôtres assis deux par deux et, au-dessous, Caïn et Abel présentant leurs offrandes. Elle sert aujourd'hui de chapelle du cimetière.[7]

Château de Moutier. Château prévôtal construit à la fin du XVIe siècle, acquis par l'État de Berne en 1817 pour y loger la préfecture et rénové en 1932.[1]

Église Notre-Dame de la Prévôté. Église catholique achevée en 1967, ornée de vitraux d'Alfred Manessier.[1][8]

Cité Sainte-Marie. Cité ouvrière construite en 1918, témoin des logements bâtis par les entreprises pour leurs ouvriers à l'époque de l'essor industriel.[1]

Musée du tour automatique et d'histoire. Musée consacré à l'histoire du tour automatique et de l'industrie de Moutier, rue Industrielle 121. La ville compte aussi un parcours historique de 23 panneaux explicatifs.[1][9][15]

Vestiges de Moutier

Vestiges du monastère du haut Moyen Âge. Des vestiges découverts à Moutier en 2008 sont attribués au monastère fondé vers 640 par les moines de Luxeuil.[1][2]

Peintures murales de Chalière. Les fresques romanes de la chapelle de Chalière, découvertes lors de la rénovation de 1934-1936, sont datées du XIe siècle. Les spécialistes rapprochent leur style de l'école de Reichenau, d'autres y voient une influence bourguignonne. Leur restauration est jugée discutable.[7][11]

Bible de Moutier-Grandval. Manuscrit enluminé produit lors de l'essor culturel de l'abbaye au IXe siècle, aujourd'hui conservé à la British Library à Londres.[2]

Église Saint-Pierre (disparue). Église probablement d'origine haut-médiévale, agrandie après la Réforme puis démolie en 1873. Saint Germain y aurait peut-être été enterré. Sa démolition commença dès le milieu du XIXe siècle.[1][3][14]

Légendes de Moutier

La consécration de Chalière par l'empereur. Une tradition reprise par de nombreux auteurs veut que la chapelle de Chalière ait été consacrée en 1019 en présence de l'empereur Henri II, qui aurait financé ses peintures. Aucun document ne l'atteste : cette année-là, Henri II assistait à la consécration de la cathédrale de Bâle.[7]

La crosse de saint Germain. Une crosse richement ornée du VIIe siècle, conservée aujourd'hui à Delémont, est attribuée par la tradition à saint Germain, premier abbé de Moutier-Grandval, assassiné avec Randoald vers 675.[3]

Sources

  1. Dictionnaire historique de la Suisse, « Moutier (commune) » (François Wisard), version du 18.12.2025
  2. Dictionnaire historique de la Suisse, « Moutier-Grandval » (Kathrin Utz Tremp, Stéphanie Lachat), version du 20.01.2026
  3. Dictionnaire historique de la Suisse, « Germain (saint) »
  4. Office fédéral de la justice, « Résolution de la Question jurassienne » (page publiée le 1.1.2026)
  5. Conseil fédéral, message concernant l'arrêté fédéral sur le changement d'appartenance cantonale de la commune de Moutier
  6. République et Canton du Jura, « Moutier dans la Question jurassienne » (contexte historique)
  7. Ville de Moutier, « La Chapelle de Chalière »
  8. Ville de Moutier, « Historique »
  9. Jura & Trois-Lacs, « The Enriching History of Moutier »
  10. Statistique Jura, tableau JU-T.01.01.03, population résidante permanente au 31 décembre 2025
  11. Dictionnaire historique de la Suisse, « Chalières »
  12. République et Canton du Jura, Gouvernement, message au Parlement relatif à la modification de la Constitution cantonale portant sur la création du district de Moutier (26 mars 2024)
  13. République et Canton du Jura, Délégué aux affaires communales, « Les communes jurassiennes » (état au 1.1.2026)
  14. Dictionnaire du Jura, « Église Saint-Pierre (site archéologique, Moutier) » (Claude Juillerat, François Schifferdecker, Ludwig Poget)
  15. Office fédéral de la protection de la population (OFPP), Inventaire PBC, liste cantonale du canton du Jura (état au 1.1.2026)

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