Crissier
Origine du nom de Crissier
Le nom de Crissier pose un problème d'attestation plus compliqué qu'il n'y paraît : les sources qui en traitent ne s'accordent pas toutes sur la date de la toute première mention écrite. Deux sources de référence convergent sur 1199, sous la forme latinisée Crissiaco, suivie par la forme Crissie en 1228. Un glossaire de toponymie romande cite pourtant des formes plus anciennes encore, Crisei dès 1081 puis Crissie en 1178 et Crisciaco en 1180, tandis qu'une autre source avance les dates de 1190 (Crissiacum) et 1219 (Crissie). Une autre source encore, de son côté, dresse une liste de formes ultérieures, Crisue en 1238, Crisu en 1250, Cresu en 1301, puis Crisuz, Criseu et Criseuz jusqu'au XVIIIe siècle. Il est donc établi que le nom du village est attesté par écrit depuis le tout début du XIIe siècle au plus tard, sans doute même dès la fin du XIe siècle selon certaines sources, mais la date exacte de la toute première occurrence reste, en l'état de nos recherches, un point que les références consultées ne permettent pas de trancher avec certitude. Sur le fond du mot lui-même, les sources sont plus unanimes : Crissier viendrait d'un nom de personne d'origine celtique, dans sa forme latinisée Crixsius ou Crixius, auquel se serait attaché le suffixe toponymique gaulois -acum (ou -akos), qui sert typiquement à désigner un domaine rural appartenant à quelqu'un ; cela donnerait à l'origine quelque chose comme « le domaine de Crixsius ». Ce type de formation est très répandu dans la toponymie romande et se retrouve, avec la même racine, dans le nom du village neuchâtelois de Cressier, dans un Cressier fribourgeois, ainsi que dans Cressin-Rochefort en Savoie et le quartier genevois de Cressy. Une piste alternative, évoquée par un glossaire toponymique consulté, rattache le radical au gaulois crixsos, qui signifierait « frisé » ou « crépu », peut-être un surnom de personne à l'origine du nom du domaine ; cette hypothèse reste toutefois secondaire par rapport à la lecture en Crixsius suivi de -acum, qui domine les sources consultées. Les habitants de Crissier se nomment les Crissirois et les Crissiroises. Ils portent aussi deux surnoms populaires relevés dans plusieurs sources, « les Limaces » et « les Taleines » ; l'origine précise de ces deux sobriquets n'a en revanche pas pu être établie avec les sources consultées pour cette recherche, et mériterait d'être creusée à l'occasion.
Fondation de Crissier
Crissier n'a pas de fondateur identifiable ni de date de création à proprement parler : le village s'est formé progressivement sur un territoire occupé bien avant l'écriture de son nom. Le lieu-dit du Châtelard, qui domine le vallon de la Sorge, a livré des traces d'occupation datées entre 3000 et 1800 avant notre ère, à la charnière du Néolithique et de l'âge du Bronze. À l'époque romaine, le territoire actuel de la commune se trouvait sur le tracé d'une voie venant du col du Grand-Saint-Bernard ; les fouilles y ont révélé les restes d'une villa au pied de la colline de Montassé ainsi que des fondations antiques au lieu-dit Timonet, avec des monnaies datées d'environ deux mille ans. C'est au haut Moyen Âge que le territoire prend la forme d'une communauté organisée, mais sous une autorité ecclésiastique plutôt que laïque : Crissier constitue alors une prébende, c'est-à-dire un domaine dont les revenus sont attribués à un chanoine, appartenant au chapitre de la cathédrale de Lausanne. La justice locale y est exercée pour le compte du chapitre par un mayor et un métral, deux fonctions parfois cumulées par la même personne. Le village n'est donc pas né d'un acte de fondation volontaire par un seigneur ou une abbaye, comme cela peut être le cas ailleurs : il s'est structuré par la mise en valeur, sur la longue durée, d'un terroir déjà fréquenté depuis la préhistoire, d'abord sous la tutelle du chapitre cathédral lausannois, puis, à partir du bas Moyen Âge, sous celle de familles seigneuriales laïques auxquelles la mayorie a fini par être inféodée avant de devenir une véritable seigneurie.
Histoire de Crissier
3000-1800 av. J.-C.. Occupation attestée du site du Châtelard, au-dessus du vallon de la Sorge, à la charnière du Néolithique et de l'âge du Bronze : le plus ancien témoignage connu d'une présence humaine sur le territoire communal.
Époque romaine. Le territoire est traversé par une voie venant du col du Grand-Saint-Bernard. Une villa s'élève au pied de la colline de Montassé et des fondations antiques ont été mises au jour au lieu-dit Timonet, avec des monnaies datées d'environ deux mille ans.
Haut Moyen Âge. Des nécropoles datant de cette période ont été découvertes à proximité du cimetière actuel. Crissier constitue une prébende du chapitre de la cathédrale de Lausanne ; la justice y est exercée pour son compte par un mayor et un métral.
fin XIe - XIIIe siècle. Les sources consultées ne s'accordent pas sur la date de la toute première mention écrite du nom du village. Deux sources de référence retiennent 1199 (Crissiaco), suivi de Crissie en 1228 ; un glossaire toponymique cite des formes plus anciennes dès 1081, et une autre source avance 1190. Le nom est en tout cas attesté depuis le tout début du XIIe siècle au plus tard.
vers 1418. La mayorie du village passe à la famille valaisanne de Monthey, puis, par alliance, à Jean Daux.
1416. Le village compte 34 feux, l'un des premiers dénombrements connus pour la localité.
1536. La conquête bernoise du Pays de Vaud place Crissier, comme le reste de la région, sous l'autorité du bailliage de Lausanne.
1550. Le village ne compte plus que 26 feux.
1595, ou 1620 selon une autre source. Après la conjuration d'un dénommé Isbrand Daux, la mayorie du village bascule dans une nouvelle famille et devient une véritable seigneurie. Une source situe cette reprise en main par Isbrand de Crousaz en 1595, avec passage ultérieur à la famille de Martines ; une autre source situe plutôt en 1620 le passage direct de la seigneurie à un certain Claude de Crousaz, en même temps que celle de la commune voisine de Prilly. Ce point de l'histoire seigneuriale du village n'a pas pu être tranché avec certitude entre les deux versions.
1595-1598. La nef de l'église est reconstruite après la Réforme, à une date que les sources situent tantôt en 1595, tantôt vers 1598.
1666. Selon une source locale non institutionnelle, le château actuel porte gravée cette date de construction, sous la responsabilité de Jacques-Nicolas de Martines ; cette date précise n'a pas pu être recoupée avec une référence plus solide, une autre source situant plus largement la construction du château à la fin du XVIIe siècle.
1732. La mayorie-seigneurie change à nouveau de mains. Selon une source, elle est acquise cette année-là par la ville de Lausanne, Berne conservant un droit de retrait féodal et la justice restant du ressort du bailli ; une autre source évoque plus généralement un rachat par les autorités bernoises. Sous l'Helvétique, entre 1798 et 1803, la commune est un temps rattachée au district de Morges.
1737. Jacques-Nicolas de Martines vend le château, avec les droits qui y sont attachés, à Jean-Jacques Curchod, citoyen de Lausanne, pour 600 florins.
1764. Le village compte 261 habitants, gérés par l'assemblée des communiers ; la commune avait eu par le passé un Conseil.
1803. Le canton de Vaud rejoint la Confédération suisse. Crissier devient une commune du nouveau district de Lausanne et compte alors 354 habitants.
1826. Naissance à Crissier de Louis Curchod, futur ingénieur puis directeur des télégraphes suisses de 1857 à 1868 ; il meurt à Berne en 1889.
1850. Le village compte 511 habitants.
1852-1854. Construction du clocher néogothique du temple, selon une source consultée.
1868. Construction du bâtiment scolaire de la rue d'Yverdon par les architectes Jean-Baptiste Bertolini et Achille de La Harpe.
1872-1874, ou 1907 selon une autre source. Une restauration du temple est mentionnée par une source pour la période 1872-1874 ; une autre source situe pour sa part une restauration en 1907. Impossible d'établir avec certitude s'il s'agit d'une seule campagne mal datée ou de deux interventions distinctes.
fin du XIXe siècle. Le chemin de fer traverse la commune, avec une gare voisine à Renens ; Crissier commence à sortir de son statut de simple village agricole et viticole.
1900. Le village compte 875 habitants.
1906. Création d'un Conseil communal, organe législatif de la commune, en réponse à sa croissance démographique.
1910. La population atteint 1'192 habitants.
1912. Implantation de la première grande entreprise industrielle de la commune, Baumgartner, spécialisée dans les filtres à cigarettes et le papier.
1950. Le village compte 2'068 habitants.
1955. Benjamin et Georgette Girardet reprennent le café de l'Hôtel de Ville de Crissier ; leur fils Frédy y fait son apprentissage.
1958-1967. Plusieurs entreprises industrielles s'implantent dans la commune : une briqueterie en 1958, un fabricant de circuits imprimés (Bentronic) en 1961, un constructeur de machines d'entretien des voies ferrées (Matisa) en 1962, un fabricant d'instruments de mesure (Ruegger) en 1967.
1964. L'ouverture de l'autoroute A1 fait basculer Crissier vers son rôle actuel de centre logistique et de distribution.
1965. À la mort de son père Benjamin, Frédy Girardet prend la direction du restaurant familial.
1971. Frédy Girardet transforme l'établissement en restaurant gastronomique, qui deviendra l'un des plus renommés au monde.
1972. Ouverture d'un centre commercial Migros, premier grand équipement commercial de la commune.
1980. La population atteint 4'707 habitants.
1990. La population atteint 5'878 habitants.
1er juillet 1996. Philippe Rochat reprend la direction du Restaurant de l'Hôtel de Ville, succédant à Frédy Girardet.
2000. Le village compte 6'577 habitants selon une source ; une autre source donne pour la même année le chiffre de 6'137, écart qui n'a pas pu être expliqué.
2001. Ouverture du centre commercial Coop-Léman Centre.
1er septembre 2006. Réorganisation des districts vaudois : les districts de Lausanne et de Morges sont dissous. Crissier, avec Prilly et Renens (issus de l'ancien district de Lausanne) et Bussigny, Chavannes-près-Renens, Écublens, Saint-Sulpice et Villars-Sainte-Croix (issus de l'ancien district de Morges), forme le nouveau district de l'Ouest lausannois.
2011. Pour sa quarantième édition, le Prix Wakker est attribué à titre exceptionnel, collectivement, aux neuf communes de l'Ouest lausannois et à Lausanne, pour leur démarche commune d'aménagement du territoire ; il ne s'agit donc pas d'une distinction propre à Crissier seule.
2012. Benoît Violier reprend la direction du Restaurant de l'Hôtel de Ville ; Franck Giovannini, qui y travaille depuis plusieurs années à ses côtés, devient chef de cuisine.
31 janvier 2016. Benoît Violier meurt à son domicile de Crissier, quelques jours avant la sortie du guide Michelin. Sa mort suscite une importante émotion en Suisse et au-delà.
2016. Franck Giovannini prend la direction du Restaurant de l'Hôtel de Ville ; en octobre, l'établissement conserve ses trois étoiles au guide Michelin sous sa responsabilité.
2018. Franck et Stéphanie Giovannini deviennent copropriétaires et codirecteurs du restaurant.
Juin 2024. La commune franchit le cap symbolique des 10'000 habitants.
Aujourd'hui. Crissier est une commune indépendante du canton de Vaud, dans le district de l'Ouest lausannois, avec plus de 11'000 habitants. Ancien village agro-viticole, elle est devenue un pôle logistique, commercial et industriel majeur du Plateau lausannois, tout en restant connue dans le monde entier pour son Restaurant de l'Hôtel de Ville.
Population de Crissier
| 1416 (34 feux, pas des habitants) | 34 |
| 1550 (26 feux) | 26 |
| 1764 | 261 |
| 1803 | 354 |
| 1850 | 511 |
| 1900 | 875 |
| 1910 | 1'192 |
| 1950 | 2'068 |
| 1960 (source unique) | 3'155 |
| 1980 | 4'707 |
| 1990 | 5'878 |
| 2000 | 6'577 |
| 2010 | 7'483 |
| 2015 | 8'194 |
| 2020 | 8'995 |
| 2022 | 9'181 |
| 2024 | 10'860 |
| 2026 (juillet) | 11'403 |
Lieux historiques de Crissier
Le Restaurant de l'Hôtel de Ville de Crissier. L'établissement doit son nom au bâtiment communal qui l'abrite depuis 1955, quand Benjamin et Georgette Girardet en reprennent le café. Leur fils Frédy y fait son apprentissage, en prend la direction en 1965 à la mort de son père, puis le transforme en 1971 en restaurant gastronomique appelé à devenir l'un des plus renommés au monde. Philippe Rochat lui succède le 1er juillet 1996, puis Benoît Violier en 2012 ; à la mort de ce dernier, le 31 janvier 2016, Franck Giovannini, qui occupait la fonction de chef de cuisine depuis 2012 à ses côtés, prend la direction de l'établissement, dont il devient copropriétaire avec son épouse Stéphanie en 2018. Distingué de longue date par trois étoiles au guide Michelin, le restaurant a fait de Crissier une référence gastronomique mondiale, sans commune mesure avec la taille du village.
Le château de Crissier. Le château actuel, au chemin du Château, succède à une maison seigneuriale attestée depuis le XVIe siècle. Une source de référence situe sa construction à la fin du XVIIe siècle ; une source locale avance la date précise de 1666 et l'attribue à Jacques-Nicolas de Martines, qui vend le bâtiment en 1737, avec les droits qui y sont attachés, à Jean-Jacques Curchod, citoyen de Lausanne, pour 600 florins. L'édifice aurait ensuite été profondément transformé en 1887-1888 en une imposante demeure néogothique, selon une source qu'il n'a pas été possible de recouper entièrement.
Le temple, ancienne église Saint-Saturnin. La paroisse est mentionnée dès 1228. Sa nef a été reconstruite après la Réforme, à une date que les sources situent entre 1595 et 1598, tandis que le chœur a conservé son caractère gothique. Le clocher néogothique actuel daterait de 1852-1854 selon une source, et la chaire baroque, datée de 1690, proviendrait de Plan-Conthey en Valais. Une restauration est mentionnée pour 1872-1874 par une source, une autre pour 1907 par une autre source, sans qu'on sache avec certitude s'il s'agit de la même campagne ou de deux interventions distinctes.
Le collège de la rue d'Yverdon. Ce bâtiment scolaire a été édifié en 1868 par les architectes Jean-Baptiste Bertolini et Achille de La Harpe, à une époque où le village restait encore majoritairement agricole et viticole.
Le pôle logistique et commercial de Crissier. L'ouverture de l'autoroute A1 en 1964, puis celle de l'A9, ont placé Crissier au carrefour des grands axes reliant la Suisse romande, faisant du village un centre de distribution et de logistique. Plusieurs entreprises industrielles s'y étaient déjà implantées dès le début du XXe siècle, entre fabrication de filtres à cigarettes, briqueterie, circuits imprimés, machines ferroviaires et instruments de mesure, avant que de grandes surfaces commerciales, un centre Migros dès 1972 puis le Coop-Léman Centre en 2001, ne viennent compléter cette vocation. Aujourd'hui, plus d'un millier d'entreprises et plusieurs milliers d'emplois sont recensés sur la commune, pour une population résidente à peine plus nombreuse.
Vestiges de Crissier
Le site du Châtelard. Ce lieu-dit qui domine le vallon de la Sorge a livré des traces d'occupation datées entre 3000 et 1800 avant notre ère, à la charnière du Néolithique et de l'âge du Bronze, ce qui en fait le plus ancien témoignage connu d'une présence humaine sur le territoire communal.
Les vestiges romains de Montassé et du Timonet. Le territoire de Crissier était traversé par une voie romaine venant du col du Grand-Saint-Bernard. Les fouilles ont mis au jour les restes d'une villa au pied de la colline de Montassé, ainsi que des fondations antiques au lieu-dit Timonet, accompagnées de monnaies datées d'environ deux mille ans.
Les nécropoles du haut Moyen Âge. Des sépultures datant du haut Moyen Âge ont été découvertes à proximité du cimetière actuel du village, attestant d'une occupation continue du site entre l'époque romaine et les premières mentions écrites du nom de Crissier.
Sources
- Dictionnaire historique de la Suisse, article « Crissier »
- Dictionnaire historique de la Suisse, article « Curchod, Louis »
- Wikipédia FR, « Crissier »
- Wikipédia EN, « Crissier »
- Wikipédia DE, « Crissier »
- Wikipédia FR, « District de l'Ouest lausannois »
- Wikipédia EN, « Ouest Lausannois District »
- Wikipédia FR, « Restaurant de l'Hôtel de Ville » (Crissier)
- Wikipédia FR, « Franck Giovannini »
- Site officiel de la commune de Crissier, page « Crissier de jadis à aujourd'hui »
- Site officiel de la commune de Crissier, statistiques de la population
- Site officiel du Restaurant de l'Hôtel de Ville de Crissier, page « Une histoire unique »
- État de Vaud, communiqué officiel sur le décès de Benoît Violier
- Henry Suter, glossaire de toponymie romande, entrée « Crissier »
- Feuille des avis officiels du canton de Vaud (FAOVD), alphabet des communes, Crissier
- Citypopulation.de, fiche démographique de Crissier
- Localcities, fiche communale de Crissier
- Patrimoine suisse, page dédiée au Prix Wakker
- Association « Ouest lausannois : Prix Wakker 2011 »
- notreHistoire.ch, entrée sur le temple de Crissier
- notreHistoire.ch, entrée sur le château de Crissier
- Le Château de Crissier, page historique (source non institutionnelle, informations à recouper)
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