Cressier

Canton de Neuchâtel · Région : Littoral · 2'070 habitants (31.12.2025)

Origine du nom de Cressier

Le village apparaît pour la première fois par écrit en 1180, sous la forme « Crisciaco ». L'étymologie n'est pas établie avec certitude. L'hypothèse la plus reprise, avancée par l'historien Gonzague de Reynold, y voit le nom d'un domaine gallo-romain, d'après un colon appelé « Criscius » (ou « Crixsius » selon d'autres relevés) (à recouper). Elle s'accorde avec la présence d'un établissement gallo-romain sur la colline de Cressier (voir la rubrique Vestiges), mais reste une hypothèse.

Fondation de Cressier

Aucun fondateur unique n'est connu : Cressier, village groupé au pied du Jura en bordure de la plaine inondable de la Thielle, s'est formé lentement autour d'un établissement gallo-romain (une villa et sans doute un temple dédié à Mars, sur la colline), avant de devenir une paroisse puis une communauté rurale au Moyen Âge. En 1180, l'évêque de Lausanne donne l'église de Cressier, qui se trouvait au-dessus du village, à l'abbaye de Fontaine-André ; dès 1329, l'abbaye peut choisir le curé parmi ses moines. La paroisse comprenait Enges. Entre 1212 et 1220, les habitants délimitent leur pâturage commun, signe d'une communauté déjà organisée. Des franchises accordées en 1260 par le comte Rodolphe de Neuchâtel sont aussi signalées (à recouper). Dès le XIVe siècle, la plupart des familles sont bourgeoises du Landeron, tandis que se constitue la commune de Cressier, intégrée à la châtellenie du Landeron. La commune comprend aussi le hameau de Frochaux.

Histoire de Cressier

Préhistoire. Un tumulus du Bronze moyen (12 m de diamètre, 2 m de haut, formé de galets alpins et de calcaire du Jura) est édifié à La Baraque, dans la forêt de l'Eter, à 730 m d'altitude. Un homme qui avait subi un début de trépanation frontale y est inhumé avec un mobilier de haut rang (épingle, hache, lame de poignard, bague en or décorée). Le tertre est réutilisé à l'époque de Hallstatt D pour un homme et deux femmes. Fouillé en 1936-1937 par Paul Vouga et Samuel Perret, son mobilier est aujourd'hui au Laténium (Hauterive).

Époque gallo-romaine. Établissement d'une villa romaine et probable temple sur la colline de Cressier. Des stèles dédiées à Mars et à la déesse celtique Naria y sont retrouvées, aujourd'hui conservées au Laténium.

VIe-VIIe siècle. Une église se serait déjà élevée à l'emplacement de l'ancien temple gallo-romain (à recouper) ; des fouilles menées en 2013-2016 sous l'église Saint-Martin ont mis au jour des sépultures du VIIe siècle, signe d'un lieu de culte très ancien.

1180. Première mention écrite du village, sous la forme « Crisciaco ». L'évêque de Lausanne donne l'église de Cressier, située au-dessus du village, avec ses biens, à l'abbaye de Fontaine-André.

1212-1220. Les habitants délimitent leurs pâturages communs, signe d'une communauté villageoise structurée.

1260. Le comte Rodolphe de Neuchâtel aurait accordé au village ses premières franchises (à recouper).

XIVe siècle. La plupart des familles sont bourgeoises du Landeron ; parallèlement se constitue la commune de Cressier, qui fait partie de la châtellenie du Landeron.

1329. L'abbaye de Fontaine-André obtient le droit de choisir le curé de Cressier parmi ses moines.

1373. Les habitants de Cressier, alors ressortissants du Landeron, sont compris dans le traité de combourgeoisie conclu entre la comtesse Isabelle de Neuchâtel et la ville de Soleure.

1396. Premier document attestant un commerce de vin à Cressier, à l'origine de la longue tradition viticole du village.

1424 (vers). Reconstruction gothique du chœur de l'église Saint-Martin.

1457 / 1518. Fondation de la chapelle Vallier (1457) puis de la chapelle du Rosaire (1518).

XVIe siècle. À la Réforme, Soleure et la puissante famille Vallier empêchent l'établissement du nouveau culte : la région de Cressier et du Landeron reste la seule catholique du comté de Neuchâtel. Dès 1517, deux châtelains et deux gouverneurs de la famille Vallier se succèdent.

1560. Pierre Vallier fait construire la première école du village.

1610-1616. Le gouverneur Jacques (Jacob) Vallier fait édifier le château de Cressier, vaste résidence rectangulaire à quatre tours d'angle et mur crénelé. C'est alors la plus grande demeure de la région.

1630. Une tannerie s'installe au bord de la Thielle ; ses locaux sont ensuite occupés par une fabrique d'indiennes (toiles imprimées), en activité de 1728 à 1763. À sa fermeture, Cressier redevient un village viticole et agricole, avec quelques petits établissements horlogers.

1645. Jacques d'Estavayer, seigneur de Mollondin, gouverneur puis maréchal de camp, marque le village ; son fils François-Louis-Blaise d'Estavayer se distingue au Régiment des Gardes suisses.

1707. Les bourgeois de Cressier refusent l'hommage au roi de Prusse, alors prince de Neuchâtel.

1764. Passage de Jean-Jacques Rousseau à Cressier.

Fin XVIIIe siècle. Cressier accueille plus de 400 réfugiés de la Révolution française.

1802. La veuve de Jean-Baptiste Ruedin ouvre l'Hôtel de la Couronne avec encavage, à l'origine des nombreuses maisons de vins portant le nom de Ruedin.

1859. Ouverture de la gare de Cressier, sur la ligne Neuchâtel-Bienne ; elle ne modifie guère le caractère viticole et agricole du village.

1868-1888. Lors de la première correction des eaux du Jura, le château de Thielle est échangé avec Berne contre l'île entre le nouveau canal et l'ancien cours d'eau (la « Vieille Thielle ») ; la commune de Cressier reçoit ainsi ce territoire d'environ 70 hectares.

1872. L'ingénieur cantonal des eaux Jaques Louis Léo Jeanjaquet (parfois appelé « Eugène Jeanjaquet » dans d'autres sources) achète l'ancienne cure et son domaine viticole, après sa désaffectation.

1872-1876. Sur son mandat, l'architecte Léo Châtelain transforme la propriété en un « petit château » de style néo-médiéval, en conservant les éléments anciens (chapelle, clocheton, tour d'escalier) : c'est le château Jeanjaquet actuel.

1872-1876. Construction de la nouvelle église catholique, néo-gothique, dédiée comme l'ancienne à saint Martin, au centre du village, à l'emplacement d'une chapelle du Rosaire, sous l'impulsion de l'abbé Raymond Vuichard ; les sources la datent de 1872 ou de 1873-1876 (à recouper).

1888. Le peintre Gustave Jeanneret (né à Môtiers en 1847) et son épouse Emma achètent une autre demeure du village, où il installe un atelier d'artiste dans les combles ; c'est cette maison, aujourd'hui la Maison Gustave Jeanneret, qu'il faut distinguer du château Jeanjaquet voisin.

1899. Ouverture de l'Hospice, aujourd'hui Home Saint-Joseph.

1945-1966. Après 1945, la localité s'industrialise : une usine apprêtant les pommes de terre et une fabrique de pompes s'installent. En 1966 ouvre la raffinerie de pétrole (Shell, puis le groupe néerlandais Petroplus dès 2000), reliée à Fos-sur-Mer près de Marseille par les oléoducs Sud-Européen et du Jura neuchâtelois ; elle emploie 240 personnes en 1984 et 197 en 2000.

1966. Création de la réserve naturelle de la Vieille Thielle.

1995 / 1999. Aménagement de la nouvelle place du village (1995) et ouverture du Caveau de l'Entre-deux-Lacs (1999).

2013-2016. Fouilles archéologiques sous l'ancienne église Saint-Martin, révélant des sépultures du VIIe siècle.

Population de Cressier

Population de Cressier
1750432
1850607
1900794
1950957
19701'530
20001'923
20072'088
20201'892
20221'888
20231'920
20252'070

Lieux historiques de Cressier

Château de Cressier (1610-1616). Construit par le gouverneur Jacques Vallier, ce château rectangulaire à quatre tours d'angle et mur crénelé était la plus grande demeure de la région à l'époque. Il abrite aujourd'hui l'école et l'administration communale.

Ancienne église Saint-Martin. Seul édifice religieux médiéval du canton resté en mains privées. Construction romane documentée dès 1180, chœur gothique reconstruit vers 1424, chapelle ajoutée au XVIe siècle. Classée monument historique depuis 1954.

Château Jeanjaquet. Ancienne cure et domaine viticole rachetés en 1872 par l'ingénieur cantonal des eaux Jaques Louis Léo Jeanjaquet (appelé « Eugène Jeanjaquet » dans certaines autres sources), qui les fait transformer par l'architecte Léo Châtelain (1872-1876) : aménagement d'un étage dans le comble et construction d'une imposante tour à mâchicoulis, tout en conservant la chapelle, le clocheton et la tour d'escalier d'origine. Classé monument historique depuis 2000. À ne pas confondre avec la Maison Gustave Jeanneret, une tout autre demeure du village.

Maison Vallier. Résidence patricienne du XVIe siècle bâtie sur une voûte, ornée d'une tourelle d'angle avec cadran solaire. Pierre Vallier y est inhumé dans la chapelle attenante. Sert aujourd'hui de lieu d'événements.

Maison Gustave Jeanneret. Propriété acquise en 1729 par le gouverneur Paul de Froment, décorée au milieu du XVIIIe siècle de fresques à motifs chinois de style Régence. Achetée en 1888 par le peintre Gustave Jeanneret et son épouse Emma, qui aménagent un atelier de peinture dans les combles ; l'architecte Léo Châtelain la remanie en 1898 en style Heimatstil, avec une tourelle d'angle et la transformation de l'ancien pressoir en salle à manger. Classée monument historique depuis 1975.

La Vieille Thielle. Ancien méandre de la Thielle qui délimitait autrefois la frontière entre Berne et Neuchâtel, aujourd'hui réserve naturelle d'environ 70 hectares, avec une faune protégée (dont le castor).

Église catholique Saint-Martin (1872-1876). Église néo-gothique construite au centre du village, à l'emplacement d'une chapelle du Rosaire, et dédiée comme l'ancienne église à saint Martin. Elle conserve du mobilier des anciennes chapelles, dont un crucifix pouvant dater du XIIIe-XIVe siècle.

Vestiges de Cressier

Tumulus de la Baraque. Tertre funéraire du Bronze moyen (12 m de diamètre, 2 m de haut), fouillé en 1936-1937 dans la forêt de l'Eter, où reposait un homme de haut rang (épingle, hache, lame de poignard, bague en or décorée). Réutilisé à l'époque de Hallstatt D pour un homme, avec un vase biconique, et deux femmes parées de bracelets en bronze et en lignite et d'agrafes de ceinture. Des sondages de 1940 aux alentours ont révélé des dallages et des foyers de l'âge du Bronze et de l'époque de Hallstatt, et des tertres allongés et terrasses de culture témoignent d'une occupation du Bronze moyen à l'époque romaine. Mobilier conservé au Laténium (Hauterive).

Stèles gallo-romaines dédiées à Mars et Naria. Découvertes sur la colline de Cressier, probable emplacement d'un temple gallo-romain ; conservées au Laténium.

Sépultures du VIIe siècle sous l'église Saint-Martin. Mises au jour lors des fouilles archéologiques de 2013-2016, elles confirment l'ancienneté du lieu de culte, antérieur à l'église romane mentionnée dès 1180.

Fragment de pierre romaine. Un fragment de pierre romaine est conservé dans l'ancien Restaurant du Chasseur, bâtiment qui a aussi servi d'hôpital (1518) puis de première école du village (1560).

Monnaie celtique des Pictones. Avant 1870, une monnaie en argent (quinaire) de La Tène récente, attribuée à la tribu celtique des Pictones, a été trouvée dans les vignes de Cressier.

Sépultures de la gravière entre Cornaux et Cressier. En 1892, six squelettes inhumés en pleine terre ont été exhumés dans une gravière entre Cornaux et Cressier ; l'un portait trois bracelets en bronze à tampon et un autre un bracelet en lignite de l'époque de Hallstatt. En 1908, au même endroit, a été découvert un bracelet en bronze décoré de stries, attribuable à La Tène ancienne.

Sources

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