Les bisses du Valais

Les bisses, appelés Suonen ou Wasserleitungen dans le Haut-Valais, sont des canaux qui amènent l'eau des torrents et des glaciers vers les prés, les champs et les vignes des versants secs. Leur histoire se lit dans les archives des villages, qui ont réglé pendant des siècles le partage de l'eau.

Combien de bisses ?

Le nombre dépend de la façon de compter. L'Association des Bisses du Valais cite trois inventaires : 265 bisses selon le Musée valaisan des bisses, 580 selon Johannes Gerber, qui compte aussi les bisses disparus, et 208 bisses totalisant 785 km selon l'inventaire officiel du canton, achevé en 2015, qui laisse de côté la plupart des bisses de moins de 1'000 mètres.

Les premières mentions

Selon l'Association, les plus anciens documents conservés datent du XIIIe siècle, et les sources deviennent plus précises à partir du XVe siècle. Sur le territoire de Chalais, un réseau d'irrigation dense se développe dès le XIIIe siècle.

Les fiches du site donnent plusieurs dates. À Lax, un bisse est construit en 1336 pour amener l'eau du Deischbach, et les premiers droits d'eau datent de 1347. À Zeneggen, des écrits de 1343 et de 1400 règlent l'irrigation par le bisse d'Augstbord. À Ried-Mörel, des bisses et des chéneaux de bois amenant l'eau depuis la gorge de la Massa, au glacier d'Aletsch, sont mentionnés dès 1385. L'Association cite le Chänilwasser d'Ausserberg (1420), le Torrent-Neuf de Savièse (1430) et le grand bisse de Vex (1453).

Partager l'eau

Un bisse sert plusieurs familles et parfois plusieurs villages. La grande majorité appartient à des consortages, des communautés de propriétaires qui entretiennent le canal et répartissent les tours d'arrosage. Les communes aussi fixent des règles : à Varen, la commune règle l'usage du bisse de la Dala en 1484, puis de nouveau en 1493.

Le partage crée des conflits. À Lax, l'eau du Deischbach devait être partagée avec Martisberg, et un arbitrage règle ce partage entre les deux communes en 1590.

Pierre, bois et galeries

L'Association décrit plusieurs techniques. Les bisses de pierre sont construits selon la méthode du Tretschbord, avec des pierres plates alternant avec des mottes de gazon, en principe sans mortier ni béton. On utilise aussi le bois : des troncs de mélèze évidés, les bazots, de 45 à 60 cm de diamètre, pour les débits inférieurs à 50 litres par seconde, et des chéneaux de planches de mélèze assemblées pour les débits plus forts.

Au XXe siècle, des galeries remplacent de nombreux passages exposés. À Ried-Mörel, l'eau passe depuis 1946 par une galerie de 3 km sous le Riederhorn. Après un inventaire dressé en 1907 par Fritz Rauchenstein, l'État subventionne des travaux de modernisation.

De l'abandon aux sentiers

Avec la généralisation de l'arrosage par aspersion, de nombreux bisses sont abandonnés en partie ou en totalité. À Savièse, le Torrent-Neuf aurait été fermé en 1934 et réhabilité en 2005 (dates à confirmer).

Selon l'Association, les restaurations se multiplient à partir des années 1980, et de nombreux chemins de bisses entrent dans le réseau cantonal de randonnée. À Mase, le sentier du bisse ouvre en 2002. À Salins, le Grand Bisse traverse les hauts de la commune.

Une reconnaissance de l'Unesco en 2023

En décembre 2023, l'Unesco inscrit l'irrigation traditionnelle sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité. La candidature, coordonnée par l'Autriche, réunit aussi l'Allemagne, la Belgique, l'Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suisse. Pour le Valais, elle cite six consortages : ceux des Sonnenberge du Haut-Valais, d'Ayent, de Lens, de Trient, de Nendaz et de Grächen.

Les localités citées

Sources

  1. Association des Bisses du Valais, dossier de synthèse pour l'inscription des bisses sur la liste indicative de l'UNESCO, Martigny et Grächen, 28.01.2016 (version en ligne du 05.09.2019)
  2. Radio Lac, « L'irrigation traditionnelle également saluée par l'Unesco », 05.12.2023

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